Retour sur l’opération humanitaire « Améliorer la vue pour améliorer la vie » au Bénin

Dans le cadre de l’opération « Améliorer la vue pour améliorer la vie », quatre volontaires de l’association M’AKAKO, organisatrice de l’action, et deux opticiennes des Opticiens Mutualistes de la Mutualité Française Limousine et de l’Ecole de Reconversion Professionnelle Féret du Longbois, se sont rendus au sud du Bénin, en novembre dernier, pour mener une campagne de vérification de la vue et de dons de lunettes auprès des populations défavorisées, en partenariat avec l’ONG béninoise IDEES.


Entretien avec Elsa Recouderc, opticienne diplômée d’Etat
(Les Opticiens Mutualistes)

Quel était l’objectif de cette opération ?
Le but était de fournir à une population démunie la possibilité d’être dépistée et équipée en lunettes. Nous voulions toucher une partie des Béninois qui n’a aucun accès aux soins médicaux. Au départ, l’objectif était de voir environ 200 personnes, finalement nous en avons vu presque 400 (60 personnes par jour à peu près). Après avoir trié les montures récupérées dans chaque magasin Les Opticiens Mutualistes avec l’aide des stagiaires de l’Ecole Féret du Longbois, nous avons mis de côté plusieurs montures complètes avec verres correcteurs simples (lunettes loupes, légères corrections) et également des montures sans verres, afin de permettre aux Béninois de choisir eux-mêmes leur équipement et de monter ensuite les verres correcteurs adaptés à leur besoin.

Quelle était l’organisation opérationnelle sur place ?
Nous étions huit personnes à travailler sur place. Annick Dutheil, opticienne de l’Ecole Féret du Longbois, et moi-même effectuions les vérifications de la vue. Jean-Christophe Dupuy, vice-président de l’association M’AKAKO et photographe, et sa fille Léopoldine, filmaient et prenaient des photos. Les deux autres personnes de l’association étaient chargées de fournir les équipements à la population, en fonction des besoins (montures complètes avec verres correcteurs ou montures sans verres). Les deux personnes de l’ONG IDEES nous aidaient pour la traduction et s’occupaient de gérer les personnes en attente.

Comment s’est déroulée l’opération ?
Le premier jour, nous avons commencé au collège de Grand-Popo (la ville où nous étions hébergés), ce qui a été un test pour comprendre comment fonctionner et s’organiser. Nous avons vu beaucoup de jeunes étudiants ce jour-là, environ 80. Les deux jours suivants, nous nous sommes rendus au dispensaire d’Adjaha, avec deux salles à disposition pour effectuer les vérifications de la vue. Nous sommes allés deux jours à Sazoué, puis le dernier jour à Djanglamé. Chaque village était à environ 20-30 km de Grand-Popo. Nos installations étaient assez sommaires (une table, une chaise, un test d’acuité visuelle et notre mallette d’essai), mais nous avions heureusement un générateur rattaché à notre bus pour nous fournir de l’électricité et pallier les nombreuses coupures de courant.
Concernant les vérifications de la vue, chaque personne passait d’abord devant un autoréfractomètre (instrument de mesure électronique objectif de la réfraction oculaire), prêté par la Mutualité Française Limousine, puis nous prenions le relais pour une vérification plus complète, pour finir par le choix des lunettes.

Quel a été l’accueil de la population ?
Nous étions attendus par la population béninoise, qui savait que nous viendrions faire cette action. Nous avions donc beaucoup de monde chaque jour, au point de devoir refuser des personnes. La population sur place s’exprimait assez peu, du moins auprès de nous, mais nous ressentions bien, notamment de par leurs sourires, qu’ils étaient contents et satisfaits.

Personnellement et professionnellement, qu’est-ce que cette expérience vous a apporté ?
J’avais déja fait un voyage humanitaire au Mali avec mon école d’optique (ICO à Bures-sur-Yvette), il y a sept ans, je savais donc à quoi m’attendre, même si les conditions n’étaient pas exactement les mêmes et les moyens moins importants. Si cela devait se refaire, là-bas ou ailleurs, j’irais sans hésiter, comme la première fois.
C’est avec ce genre de projets que l’on se sent vraiment utile. Je suis fière de faire ce que je fais. Donc personnellement, cela m’a apporté beaucoup, notamment par le fait de découvrir un autre pays, une autre façon de vivre, bien plus dure que chez nous... Professionnellement, j’ai envie d’aller plus loin, de refaire ce genre d’action et d’évoluer encore plus pour pouvoir aider davantage. Tellement de gens en ont besoin et quand on voit la surconsommation dans nos pays occidentaux, c’est d’autant plus difficile à supporter.
Ce fut donc une très belle expérience, qui, je l’espère, se poursuivra dans le temps avec de plus en plus de bénévoles et de moyens.

 


Depuis leur retour du Bénin, l’Ecole Féret du Longbois (section optique) se charge de la fabrication des verres (suivant les relevés faits sur place) dans le cadre de travaux pratiques concrets pour les élèves, pour ensuite équiper les montures récupérées par la Mutualité Française Limousine dans ses magasins Les Opticiens Mutualistes. Les lunettes faites sur-mesure seront ensuite livrées et remises en main propre aux patients béninois par l’association M’AKAKO, assistée de l’ONG IDEES.


Crédit photos : Jean-Christophe Dupuy